Administration

    Le "Syndicat agricole de distillerie de BOU est créé le 23 mai 1920. Quelques jours après (le 30) ses statuts sont adoptés. Il réunit alors 104 vignerons de BOU et rapidement, accueille ceux de MARDIÉ et CHÉCY. En septembre 1920 il prend le nom de "Société coopérative agricole de distillerie de BOU".

    Par delà l'objet premier de cette coopérative qui est "l'achat d'un terrain, la construction d'un bâtiment, d'un puits ainsi que l'acquisition d'un matériel de distillerie et son installation complète"(article 3 des statuts), les buts des récoltants qui la fondent sont de se regrouper pour échapper au monopole des entreprises de distillerie. Les comptes-rendus des diverses réunions le montrent sans ambiguïté.

    17 décembre 1922: "Après examen des dépenses faîtes au cours de l'année 1922, le prix de revient des frais de distillation a été fixé à 0,75 centimes le litre. Le bénéfice pour les coopérateurs est de 32% en rapport des prix perçus par les industriels concurrents".

    18 décembre 1932 : "Durant l'année 1932 nous avons distillé 7589 litres d'eau de vie, à 0,75 F par litre en 27 jours de travail, soit en moyenne 281 litres par jour ce qui représente pour les coopérateurs une économie de frais de distillation de 50% sur les entrepreneurs bouilleurs des environs. Il faut se féliciter des résultats obtenus après treize années de labeur et d'union".

    Lors de la première campagne de distillation (octobre/décembre 1920) la coopérative compte 115 membres. De 1943 à 1957, ce nombre dépassera les 200 atteignant un maximum de 281 en 1957. A la dernière année (en 1980) seuls 53 adhérents sur 117 viendront "brûler". Une chute spectaculaire des sociétaires a lieu en 1958 (de 250 à 122). Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer :
ü   période d'incertitude législative après le décret de Pierre MENDÈS-FRANCE (juillet 1953) annonçant la perte de franchise pour les non exploitants agricoles;
ü   mauvaise qualité des marcs en 1957 (seulement 609 l d'eau de vie distillés);
ü   changement de présidence à la coopérative.

    La société est gérée par un conseil d'administration. De 1920 à 1946 le bureau est ainsi composé; président: Arthur ROLLAND, vice-président: Anthony FOUQUEAU, secrétaire: Valentin LORGERON, trésorier: Jules DUNEAU. En 1946 celui- ci est modifié; président: Emile PILAUDEAU, vice-président: Henri BRUNET, secrétaire: Gaston DUCLOUX, trésorier: Raoul HOUY. En 1957 André BERNEAU devient président et en 1961 Lucien VANNEAU vice-président. Cette même année Louis CORBIN est élu trésorier, charge qui sera ensuite assurée par Robert  BLANLUET de 1974 à 1980. Lors de la dernière campagne, le bureau n'est plus composé que de 3 personnes: André BERNEAU, Lucien VANNEAU et Robert  BLANLUET.

    Se sont donc succédés à la présidence de la "Société coopérative agricole de distillerie de BOU" : Arthur ROLLAND (27 ans), Emile PILAUDEAU (12 ans) et André BERNEAU (24 ans).


Installation
 

    De juin à octobre 1920, les terrains nécessaires à l'installation (situés à l'angle de la rue de Sourde et de la rue des Varennes) seront acquis, le puits creusé, le bâtiment construit, la pompe installée (travaux réalisés par les entreprises GERMAIN-MENOUILLARD et BEAUDOIN-DESBROSSES de MARDIÉ) et l'alambic mis en place. Cette dernière opération nécessitera toutefois l'intervention du maire de l'époque (Gabriel MICHY) auprès de son ami Préfet de l'ALLIER, qui intercédera lui-même

auprès du Préfet de la LOIRE pour que le matériel commandé arrive à temps pour la campagne de distillation.

    Celui-ci est alors constitué de :

r  Une chaudière verticale à tubes Field, constructeur : SERVE-frères (SAINT-ÉTIENNE), corps cylindrique: hauteur = 2,25m, diamètre = 0,87m, foyer intérieur: hauteur = 1,25m, diamètre = 0,72m, cheminée intérieure: hauteur = 1,00m, diamètre = 0,84m, 39 tubes Field: hauteur = 0,70m, diamètre = 0,06m, timbre = 6 kg, surface de chauffe = 8m2..

r  Un appareil de distillation à vapeur, constructeur : J GUILLAUME (CLERMONT- FERRAND),fonte et cuivre rouge, comprenant 3 vases (corps cylindrique vertical à couvercle amovible, hauteur = 1,35m, diamètre = 0,64m, capacité 415 litres chacun, timbre = 0,5kg), un rectificateur "l'incomparable" et un réfrigérant.

ü  En 1930, grand progrès : l'électricité est installé dans le bâtiment.

ü  En 1957 la chaudière doit être changée. On achète alors d'occasion aux établissements COLLET d'ORLEANS :

r  Une chaudière demi-fine verticale à tubes Field, constructeur : LELORRAIN (SAINT-OUEN), année 1931, corps cylindrique: hauteur = 1,50m, diamètre = 0,80m, foyer intérieur: hauteur: = 0,90m, diamètre = 0,65m, 30 tubes Field: hauteur = 0,65m, diamètre = 0,06m, timbre = 4,25kg, surface de chauffe = 6m2.

ü  Dès 1959 il est question que la CUMA (coopérative de battage) construise un appentis sur le terrain de la brûlerie (côté sud), pour y loger son matériel. En 1963, la distillerie connaît une nouvelle amélioration avec l'arrivée de l'eau courante.

La coopérative est destinée à distiller les marcs (de raisins), les lies (de vin) et les fruits. A l'origine, il fut décidé que ceux-ci devaient être brûlés séparément. Ainsi en 1920 on note : 17167 litres d'eau de vie obtenus à partir de marc, 192 litres à partir de lies et 103 litres à partir de fruits. Cependant dès l'année suivante (le 9 octobre 1921), "la proposition de distiller marcs et lies en même temps est adoptée".
En 1926 "le président engage les propriétaires qui auraient des lies à brûler à les faire passer de préférence avec les marcsde gris  ou seuls car avec l'othello on occasionne un retard qui est préjudiciable à la bonne marche du travail".

Mise à part l'année 1947 où le rendement en fruits est de 440 l (sur 6190 l),celui ci reste minime par rapport à l'eau de vie de marc (environ 0,05%).Nous verrons que cette proportion passera à 10% à partir du remembrement (1967).

    Les campagnes de distillation commencent habituellement dès les vendanges terminées, la période pouvant s'étaler de fin octobre à début décembre. En 1922, année exceptionnelle, elle a duré du 2 octobre au 18 décembre, soit 78 jours dont 68 de travail (dimanches et 1er novembre étant chômés). A la fin des années 1970, elles ne seront plus que de 10 jours (dont 8 travaillés), et seront repoussées en décembre afin que le chauffeur également employé à la CUMA, soit disponible.

    Les récoltants apportent leur marc, puis leurs fruits à tour de rôle; en 1930, les secteurs sont ainsi définis :
1er secteur: Albœuf (DUNEAU Paul), les Plantes, les Boutrouilleries.
2ème secteur: Bourg (PILAUDEAU du moulin), rue Ste-Anne, rue de MARDIÉ, Caslin et rue de St-Marc.
3ème secteur: Bourg (PRUDHOMME Pierre), Matelassière, Varennes et rue de crochet.
4ème secteur: Petite Levée (Mme Vve SEIGNEUR), MARDIÉ en commençant par Mr BONAMY.
5ème secteur: Grande Rue (FOUQUEAU René), Chillou, Carrefour, les Naudes [l’Hainaude], et Tiertres, Saumon et Bondifer.

D'année en année une rotation est organisée (ex : 1930: 4, 5, 1, 2, 3 – 1931: 5, 1, 2, 3, 4 – 1932: 1, 2, 3, 4, 5). A partir de 1967 ce système est abandonné les distillations se faisant par ordre d'inscriptions à l'atelier. Chaque année, du personnel de distillation est embauché. De 1920 à 1928, l'équipe est constituée de 4 personnes: le gérant, le chauffeur (qui s'occupe de la chaudière) et 2 aides; de 1929 à 1973 de 3 personnes, puis de 1974 à 1980 de 2 personnes.

    Valentin LORGERON en sera le gérant durant 5 ans (1920, 1930, 1931, 1932, 1939). Georges DUNEAU durant 9 ans (1921/1929), Marcel DUCLOUX durant 12 ans (1933/1938 – 1940/1945), Paul LEROY durant 10 ans (1946/1955) et André BERNEAU durant 25 ans (1956/ 1980). A signaler également : Eugène BRUNET chauffeur durant 11 ans, Guy BROUSSEAU aide puis chauffeur durant 11 ans, Julien CORBIN aide puis chauffeur durant 13 ans et Raymond GUIBERT aide puis chauffeur durant 13 ans.


Production

    61 campagnes de distillation ont eu lieu de 1920 à 1980. Les plus fortes productions atteintes sont celles de 1920 (17 462 l), de 1922 (20 135 l) et de 1924 (20 003 l), certains récoltants (Valère PICAULT, Athanase LEFEVRE, Gabriel MICHY) dépassant les 500 l d'eau de vie chacun! Par contre, 13 années se situent en dessous des 2000 l (1928, 1965, 1967 à 1976 et 1980), 4 années ne parviennent pas aux 1000 l (1957, 1977, 1978 et 1979), les pires étant celles de 1957 (609 l) et de 1977 (455 l). Sur l'ensemble des périodes la moyenne de production est de 4680 l. Ces chiffres nous renseignent utilement sur la production vinicole de l'année. Si l'on compare les quantités de vin produites, il y a, bien évidemment, corrélation. Ainsi 1922 avec une récolte de 13 428 hl (soit 87hl/ha) et 1924 avec une récolte de 11 344 hl (soit 72hl/ha) sont deux des plus fortes années du siècle (le record étant détenu par 1912 avec 14 474 hl). En 1924 il y a encore 150 ha de vignes à BOU.

    En 1928 où le rendement n'est que de 5hl/ha, la production de la brûlerie chute à 1393 l et le secrétaire note alors "la médiocrité du rendement en eau de vie occasionnée par la désastreuse récolte". En 1936 le rendement n'étant que de 3hl/ha, la coopérative ne distille que 2087 l d'eau de vie.

    Après la guerre le vignoble ne cesse de décroître: 1950 = 50ha, 1958 = 40ha, 1962 = 30h. Enfin en 1967 le remembrement lui porte un coup fatal. Celui-ci qui était encore d'une trentaine d'hectares est subitement réduit à 12 ha 60.
    Dès lors, la production de la brûlerie tombe au dessous des 2000 l et l'on voit, par contre, s'élever la proportion de l'eau de vie issue de fruits. A partir de 1967 celle-ci ne sera jamais plus inférieure à 10% avec des pointes à 27% (1968) et 35% (1971). Lors de la dernière campagne (1980) elle avait atteint les 43,2% (soit 433 l / 1004 l).

Textes    Christian CHENAULT
Photos    Alain JANNEAU